Hannah-May Wilson, Responsable de programme | Secrétariat du Réseau PAL

Amis et camarades de classe Pratima, Bharti et Neha

Je vous présente Bharti. Elle a 11 ans et aime jouer avec ses amies. Neha et Pratima sont ses meilleures amies. Bharti et ses amies sont en cinquième année du cycle primaire. Elles fréquentent une école dans un village de la région de Kuldabad à Maharashtra en Inde. 250 enfants de l’école fréquentent l’école primaire locale. La cour de l’école est grande et les murs de la salle de classe sont couverts de formes, photos, lettres et mots coloriés. Bharti fréquente cette école depuis ses six ans. Bharti aime arborer sa tenue d’école et s’asseoir avec ses amies.

Malgré ses 5 ans passes à l’école, Bharti ne peut pas lire. Il y a peu d’enfants de la classe de Bharti qui peuvent lire le manuel de la cinquième année, mais Bharti et ses amies écoutent très souvent leur enseignant et regardent les illustrations. Les enfants de l’école de Bharti sont enseignés dans la langue officielle de l’état – le Marathi. Mais Bharti et ses parents parlent une autre langue à la maison. Il y a vingt ans que ses grand parents avaient immigré dans la région pour y cultiver le coton et la cane à sucre. Bharti et ses parents parlent Telugu chez eux. Ses parents comptent sur les enseignants pour l’apprentissage de leur enfant.

100 millions d’enfants accusent un retard en Inde

Les données du rapport annuel sur l’état de l’éducation (ASER), élaboré par Pratham, montrent que la moitié des enfants inscrits en cinquième année du cycle primaire ne peuvent pas lire un simple texte destiné aux enfants de la deuxième année du cycle primaire. Cela veut dire que près de 100 millions d’enfants accusent un retard de 2 à 3 ans par rapport au niveau où ils devraient se trouver, si l’on se fie au programme national des enseignements. Les données d’ASER montrent que plus de 50 millions d’enfants de la troisième à la cinquième année du cycle primaire ont besoin d’un soutien immédiat et urgent afin d’avoir une réelle possibilité d’achever le cycle primaire. Ces enfants ont besoin non seulement des compétences de base en lecture et calcul, mais ils doivent aussi être soutenus pour atteindre le niveau attendu des enfants de leur classe pour pouvoir évoluer.

Alors que l’éducation primaire universelle cible tous les enfants de l’Inde, l’apprentissage ne concerne que quelques uns. Les écoles organisent les salles de classe selon l’âge et la classe des enfants, supposant que les enfants intègrent la première année à l’âge de six ans, et progressent de manière linéaire et uniforme pour achever le cycle en classe de huitième année, à l’âge de quatorze ans. Le programme des enseignements fixe la barre, en termes des attentes, de plus en plus haut, au fur et à mesure que les enfants progressent. Les enfants n’ont pas la possibilité de reprendre les classes, et beaucoup passent d’une classe à l’autre sans avoir véritablement assimiler ce qu’il fallait apprendre dans la classe précédente. Les enfants finissent par accuser un retard. Il sera très difficile pour ces enfants d’acquérir ces compétences de base plus tard une fois le retard accusé.

Chaque enfant peut apprendre

Bharti apprentissage des mathématiques

Face à cette crise de l’apprentissage, l’une des plus importantes ONG de l’Inde – Pratham, a développé des modèles et méthodes visant à améliorer, à échelle, les niveaux d’apprentissage de base chez les enfants. La conviction principale de Pratham est que, chaque enfant est capable d’apprendre. Au cours des dix dernières années, Pratham a axé sont travail essentiellement sur les enfants âgés de 7 ans et plus, qui sont susceptibles d’être inscrits dans les classes de la troisième à la cinquième année du cycle primaire. L’expérience de Pratham montre qu’avec un aide adéquat, ces enfants peuvent acquérir très vite les compétences de base.

L’idée est simple : les enfants sont regroupés selon leur niveaux d’apprentissage et non par âge ou par classe ; les enseignants et enfants laissent le manuel officiel pendant quelques heures pour se consacrer à l’apprentissage des fondamentaux, à travers les activités et jeux interactifs. Les enfants sont d’abord évalués individuellement à l’aide de l’outil ASER. Ils sont regroupés par la suite selon leurs niveaux d’apprentissage pour au moins une partie de la journée ou de l’année scolaire. Les activités et supports d’enseignement-apprentissage utilisés par chaque groupe sont soigneusement conçus pour rendre l’apprentissage intéressant et pour être en adéquation avec le niveau de l’enfant. Chaque groupe dispose d’un instructeur, qui peut être un maître d’école ou un volontaire communautaire. Le progrès de l’enfant, en termes d’apprentissage, est suivi tout le long du processus par le biais d’évaluations simples, en vue de les aider à intégrer le niveau supérieur. Le modèle de Pratham est appelé ‘Enseigner au bon niveau’ (EaBN).

Apprendre tout en s’amusant !

Le mois passé, l’école de Bharti a accueilli Pratham, venue pour former les maîtres de l’école et les volontaires locales à réaliser quatre Camps d’apprentissage de plus de 60 jours, à l’aide de l’approche EaBN. Le premier jour, Bharti était nerveuse quand on lui a demandé de lire des mots simples en Marathi. Il était difficile de lire ne serait-ce que les lettres. En mathématiques, Bharti connaissait les chiffres de 1 à 100, mais avait de la peine à additionner deux chiffres. Elle a eu envie de pleurer.

Il était déconcertant quand le maître a demandé à Bharti et ses amis de déplacer les tables d’un côté de la salle de classe pour s’asseoir en cercle sur le sol. Le maître les encouragea à créer des histoires à l’aide des cartes illustrées, et de jouer aux jeux amusants avec les cartes-lettres. Bharti et ses amis ont beaucoup rit. Après une semaine en camp d’apprentissage, ils pouvaient reconnaître presque toutes les lettres de l’alphabet. C’était tellement amusant qu’ils ont demandé s’ils pouvaient rentrer avec les supports à la maison pour s’exercer. Pour la première fois, Bharti a eu le sentiment de faire partie de son école. Elle avait l’impression de progresser et avait hâte de rejoindre le groupe suivant.

250 millions d’enfants à travers le monde ont besoin d’aide urgent pour se rattraper.

Plus de 250 millions d’enfants à travers le monde sont comme Bharti : ils n’ont pas acquis les compétences fondamentales en lecture et mathématiques, et cela malgré le fait que la moitié d’entre eux a passé au moins 4 ans à l’école. Les données des évaluations citoyennes menées à travers les pays du Réseau PAL montrent que beaucoup de pays de l’hémisphère sud font face aux défis similaires. Les conclusions des évaluations menées sur plusieurs années révèlent que les niveaux d’apprentissage à travers le Réseau sont bas, et ne sont pas en train de s’améliorer. Il n’y aura pas de progrès tant que les évaluations ne seront pas accompagnées par les initiatives d’intervention éducative ciblées. L’Enseignement au bon niveau est un modèle pédagogique rigoureusement évalué qui recèle un énorme potentiel pour les pays membres du Réseau PAL, en termes de mise à échelle et de la possibilité de tirer profit de leurs propres vastes réseaux d’organisations partenaires locales. Sept pays membres du Réseau PAL se sont engagés, au cours d’une réunion tenue à Aurangabad en Inde la semaine dernière, à dérouler une phase pilote du modèle dans les 12 prochains mois. Bharti s’est convaincue toute seule. Nous lui avons posé cette question : « que ressens-tu quand tu lis ? » ? Elle a répondu : « c’est comme si je suis en train de voler ».