Par Hannah-May Wilson, Responsable de programme, Secrétariat du Réseau PAL

L’éclatant soleil matinal se leva impatiemment, filtrant à travers la fenêtre tandis que le réveil sonna l’arrivée de l’aube. Nous nous levâmes à la musique des chants d’oiseaux pour préparer le trajet de 30 km vers le village rural de Nathepo dans le District de Rapale au nord du Mozambique. Nathepo a été sélectionné comme site pilote des tests et outils pour la première évaluation citoyenne de l’apprentissage des enfants au niveau des foyers au Mozambique.

Le Mozambique est le dernier né du Réseau d’action du peuple pour l’apprentissage (Réseau PAL). Le Réseau PAL est une collaboration sud-sud reconnue à travers le monde et dont les membres travaillent à travers trois continents pour évaluer les compétences de base en lecture et calculs de plus d’un million d’enfants chaque année. Au Mozambique, l’initiative qui est un programme de l’ONG « Facilidade » est baptisée « TPC Mozambique ». TPC est un acronyme signifiant ‘Todos Pelas Criançasem Moçambique’ (Tous pour les enfants du Mozambique), mais il signifie aussi communément « devoir » en portugais. Le staff de TPC explique que : « Le but de l’évaluation n’est pas seulement de donner aux décideurs politiques un devoir à accomplir, mais de se donner un véritable devoir à nous tous. L’amélioration de l’apprentissage des enfants au Mozambique relève de la responsabilité de tout un chacun. »

La vie du village en milieu rural au Mozambique

Située à environ 10 km de la route goudronnée, Nathepo est ceinturé de collines protubérantes qui semblent protéger le regroupement de petits villages qu’elles entourent. Traversant à vive allure le chemin de sable rouge, nous glissâmes des coups d’œil furtifs et curieux en direction des sentiers secondaires tributaires serpentant dans le lointain. Les femmes portant des capulanas aux couleurs vives marchaient par paires sur les sentiers de sable rouge, équilibrant avec soins les seaux sur leurs têtes, avec des bébés bien serrés à leurs corps.

A l’approche de l’étincelant et sablonneux centre commercial, nous fûmes obligés de chercher l’ombre, car l’intensité des rayons du soleil nous irritait le corps. A 7 heure 30 minutes, le marché bourdonnait déjà d’activité. Les jeunes hommes vendaient du mathathinha et papahi (petit poisson sec) ; tandis que les femmes vendaient des oignons, des tomates rouges, du sel et des friandises soigneusement rangés. Les enfants nous entourèrent – jouant, s’offrant entre eux des promenades sur des bicyclettes démesurées ; courant pieds nus avec des roues de voitures et des bâtons dans une compétition pour savoir qui peut faire rouler le plus longtemps la roue. Ces enfants ne semblaient pas se préparer pour aller à l’école, je me dis ; mais peut-être qu’il était trop tôt.

L’inscription implique-t-elle la scolarisation ?

Nous avons attendu patiemment le patriarche du village – Sr. Augusto Vahocha – sans qui nous n’aurions pu visiter les foyers de l’échantillon. Il n’arrivait pas souvent que Nathepo reçoivent des visiteurs ; alors quand l’équipe de TPC Mozambique a commencé à expliquer la raison de notre visite, Sr. Vahocha trouva une caisse en bois qui trainait par là, retourna ceci et s’assit pour écouter avec grande attention. Une fois que l’équipe de TPC fut présentée et expliqua qu’elle cherchait à savoir si les enfants étaient effectivement en train d’apprendre, le patriarche du village parut très préoccupé.

« Il est bien que vous soyez venus » il nous a dit. « Nous faisons face à beaucoup de problèmes dans ce village. Vous voyez ? » Il agita son bras en direction des enfants qui couraient tout au tour. Il dit « Aucun de ces enfants n’est à l’école aujourd’hui. Effectivement, l’école est censée avoir repris depuis deux semaines déjà » il nous a dit, «mais aucun de ces enfants n’a mis pieds à l’école depuis, avant même le début des vacances. Pourquoi ? Le gouvernement n’a pas payé le salaire des enseignants le semestre passé » expliqua-t-il ; « alors, les enfants resteront à la maison jusqu’à ce qu’ils soient payés ». Il s’arrêta, sourcils froncés. « Ces enfants ne sont pas déscolarisés. Ils sont scolarisés, sur le papier. Leurs noms figurent dans le registre de l’école. Mais sont-ils dans cette école ? Sont-ils en train d’apprendre? Il nous demanda, l’air exaspéré.

Sr. Vahocha se leva avec promptitude et nous guida vers l’école primaire du village. Nous marchâmes pendant quelques minutes, traversant le centre commercial pour entrer dans la cour de l’école par une petite clôture. Les murs étaient faits de briques et le toit des tôles d’aluminium. Le bâtiment, de couleur bleu ciel, était entouré d’une clôture d’enceinte. « Notre école est très bonne » nous confia-t-il. « Les enfants ont un endroit où aller. Mais il ne suffit pas de disposer d’un bâtiment ! Nous pouvons dire que ce village a une école. Et c’est là une réussite pour l’administration locale ! Mais une fois arrivés à Nathepo, vous allez vous rendre compte que c’est une toute autre histoire… »

Nos enfants apprennent-t-ils ?

Nathepo est un cas parmi les 306 villages échantillons de la toute première évaluation citoyenne d’apprentissage au Mozambique, qui s’est déroulée en novembre 2016. L’évaluation pilote couvrait tous les 23 districts de la province de Nampula au nord du Mozambique. Au total, les compétences en lecture et mathématiques de 9901 enfants âgés de 7 à 16 ans ont été évaluées. Les résultats de l’évaluation seront officiellement lancés par Facilidade et TPC Mozambique dans la cité de Nampula, le vendredi le 30 juin 2017. Ce lancement examinera les principales conclusions de la phase pilote de 2016, tout en déroulant un plan pour l’expansion de l’initiative à l’échelle nationale. « Il ne fait aucun doute qu’il faut agir pour aider les enfants du Mozambique à mieux apprendre »  a dit Matilde de Melo « mais il faut tout d’abord cerner l’envergure réelle du problème ». « L’évaluation dans les écoles exclut un nombre important d’enfants dans les pays comme le Mozambique » ajouta le Conseiller principal, Armando Ali. « Les évaluations dans les foyers sont un indicateur plus précis si l’on veut savoir si oui non nos enfants apprennent ».

La deuxième partie de ce blog sera publiée le 30 juin, avec les conclusions principales de la première évaluation citoyenne du Mozambique.